Le manuscrit en Islande

L’archéologie montre que les pays scandinaves sont habités depuis des milliers d’années, qu’ils ont connu un âge de la pierre et un âge de bronze, avec un développement culturel lent. Le peuple scandinave était de souche germanique dominante. Les romains les appelaient les Germani et notre connaissance de ce peuple se résume à plusieurs livres en tant que nation ennemie et n’avait pas connaissance intime de leur culture et leur style de vie, ceux-ci étaient encore illettrés (a part une utilisation simple des runes).

Quand la terre se faisait rare dans leurs pays d’origines et que le désir de voyager les saisissait, ils partaient dans leurs larges navires de transport. En 793, ils arrivèrent à l’île de Lindisfarne au large de la côte de Northumbrie, le lieu où se trouvait le monastère de Saint-Cuthbert et le centre  principal de l’église anglaise. Les moines étaient totalement sans défense : les arrivants les abattirent aussitôt et dépouillèrent le monastère de ses richesses. Les auteurs de raids maritimes de ce type furent connus sous le nom de Vikings. Des circonstances inattendues stimulèrent l’émigration depuis la Norvège et hâtèrent le processus de colonisation de l’Islande. Auparavant, des roitelets avaient gouverné chaque province, c’est alors que le roi Haraldr prit le pouvoir et devint le seul monarque du pays tout entier.

28945d0eff00f562a6be7ff29c37d98f.jpgEdda

Les Islandais n’avaient pas de littérature écrite, même les lois complexes de l’Islande étaient transmises oralement d’une génération à l’autre. Un « récitateur-des-lois » spécial avait la tâche de dire les lois à l’alping (membre du parlement). Tout se passait à l’oral, même les poèmes et les sagas qui sont étroitement associée à la religion païenne. Beaucoup de ces poèmes traitent directement des dieux, la poésie elle-même était tenue pour un don d’Odin et le vocabulaire poétique dérivait des mythes et de la religion païenne. Il existe un « nom collectif » pour la religion et la poésie : Edda.

Il y a deux Eddas, l’une attribuée à Snorri Sturlsuson, l’autre associée à Saemundur Sigfusson. L’Edda de Snorri propose une image du monde accordée à la religion scandinave païenne avec Odin, sa famille et leurs combats contre les géants. Tandis que l’Edda de Snorri se fonde, en très grande partie, sur de vieux poèmes mythologique, en particulier la voluspa (la prophétie de la Sibylle), néanmoins il y a de nombreux désaccords entre les poèmes. Le manuscrit islandais le plus précieux est le Codex Regius (Codex du roi) qui contient quelques-uns des plus beaux trésors de la littérature islandaise ancienne : Des poèmes vikings parlant de voyages, des poèmes sur les héros antiques des peuplades germaniques et les Huns et des poèmes héroïques.

Les poèmes héroïques traitent toujours de sujets tragiques. Le héros est confronté à un dilemme, le choix n’étant séduisant ni dans un cas, ni dans l’autre. Les liens familiaux et les obligations envers les parents sont forts, mais plus forts que tout sont l’honneur et le devoir de vengeance qui le contraignent à rompre la trêve et à tuer ses plus proches parents. Il ne saurait broncher en face de la torture ou de la mort : Högni Gjùkason rit lorsqu’on lui enlève, vivant, le cœur.

fc856074b2c5c2eda0a390310a0596a7.jpgOdin

Moyennant un accord avec les païens, le christianisme fut officiellement adopté en l’an 1000 s’enracinant progressivement au cours du XIe siècle. Des églises furent bâties pendant tout ce siècle là et des prêtres islandais prirent la place des missionnaires étrangers. De même que la société islandaise était, à bien des égards, unique, l’église islandaise primitive fut différente de celle du reste de l’Europe. Les chefs voulurent s’assurer qu’ils ne perdraient pas leur influence face à l’institution nouvelle venue de l’étranger. aussi, après la conversion, fut -il banal pour les fermiers et autres dirigeants de construire des églises dans leur domaine et de donner une formation cléricale à leurs fils afin d’avoir le pouvoir temporel et spirituel sur leurs terres.

Dans d’autres pays, ceux qui rédigeaient des livres constituaient une communauté à part, à l’intérieur des églises et des monastères, de personnes dont le langage littéraire était normalement le latin et dont les œuvres étaient essentiellement religieuses ou très imprégnées de l’esprit Chrétien. Mais en Islande, les clercs s’intéressaient au savoir local. L’art de l’écriture avait été mis au service de la culture nationale. Presque tous les écrivains islandais écrivaient dans leur langue maternelle et non en latin. Les ouvrages religieux étaient traduits ou récrit en vernaculaire et l’islandais servait également de véhicule aux autres catégories culturelles importées de l’étranger. Et chose encore plus importante : l’Islande produisait aussi une littérature originale qui était non seulement d’une vaste ampleur mais encore de nature variée et d’excellente qualité.

Si l’on compare les manuscrits islandais sur vélin et les manuscrits médiévaux exposés dans les musées et les bibliothèques d’autres pays, on découvre une grande différence d’apparence. Ailleurs, le parchemin ou le vélin est, d’ordinaire, lisse et intact, d’un blanc presque immaculé et fréquemment orné de dorures dans les majuscules. La main-d’œuvre témoigne d’une tradition artisanale hautement développée. En revanche, les feuilles des manuscrits islandais sont salies en raison d’usages répétés, étant donné qu’elles n’étaient pas conservées comme objets d’exposition de haute valeur mais constamment lues et manipulées. Au lieu de la perfection presque mécanique  des artisans étrangers, l’écriture et les illustrations des manuscrits islandais présentent quelque chose d’humble et sans prétention.

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Johanne.

Source : Les miniatures islandaises – Jonas Kristijansson

l’Edda : Récits de mythologie nordique –  Snorri Sturluson